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Les Preuves D’amour N’ont Rien À Voir Avec L’amour

Les Preuves D’amour N’ont Rien À Voir Avec L’amour

Avant de se demander qu’est-ce qu’une belle preuve d’amour ou une vraie preuve d’amour, peut-être est-ce utile de se demander ce qu’est l’amour et comment il est pratiqué dans nos sociétés.

Quelles sont les représentations autour de l’amour ?

La société a des attentes par rapport à la réalisation de l’amour par les individus.

Pourquoi a-t-on besoin de preuves d’amour ? Pourquoi est-ce nécessaire ?

Est-ce même nécessaires ? Les preuves d’amour sont-elles vraiment nécessaires ? Et si on repensait l’amour ?

Est-ce qu’aimer est la même chose que donner des preuves d’amour comme des petites attentions des bisous, offrir un bouquet de fleurs, fête la Saint-Valentin, des petits mots doux, des mots d’amour, se faire des câlins… ?

Tout cela semble être une pure idéologie patriarcale et capitaliste.

D’ailleurs est-ce que ce type de gestes est même suffisant ?

Est-ce que ce type de gestes définit l’amour qui correspond à tous.tes ?

Est-ce que l’amour c’est forcément la vie de couple ?

Est-ce que c’est nécessairement vivre une relation amoureuse, une relation monoamoureuse qui comprend des relations sexuelles ?

Pourquoi la fin en soi de l’amour devrait être la famille nucléaire ? Les enfants ?

A-t-on vraiment besoin de preuves d’amour pour se sentir aimé.e et aimer en retour ?

Bref, l’amour c’est quoi exactement ?

Cet article est un début de tentative de réflexions au sujet de la question de l’amour normé patriarcal et capitaliste d’un côté, et de l’amour polyforme de l’autre.

Réflexions qui, je l’espère, permettra d’apporter des éléments autour de la question des preuves d’amour.

Qu’est-ce que l’amour ?

un couple s'embrassant et tenant le papier coeur rouge

Dans la newsletter féministe intersectionnelle Les Glorieuses du mercredi 8 juillet 2020, Rebecca Amsellem parle de l’amour de la façon suivante :

L’amour, c’est d’abord de la chance.

Un heureux hasard que deux, trois, quatre ou plus personnes se soient, à un moment donné, rencontrées et qu’elles soient toutes disposées à reconnaître que ce soit de l’amour.

Mais, dans une société régie par les lois patriarcales du dominant/dominé, c’est aussi un sentiment qui entre en contradiction avec des normes dans lesquelles les femmes sont complètement désavantagées.

Alors l’idée est de définir le sentiment amoureux dans une société libre de toute domination non consentie.

J’apprécie cette définition ouverte de l’amour.

J’aime la présence d’une possibilité polyamoureuse.

Je trouve la dimension éphémère rempli de pertinence.

La prise en compte du système patriarcal est inévitable en ce concerne les réflexions autour de la question de l’amour.

Les paramètres de l’amour sont (malheureusement) décidés par le système patriarcal et c’est un élément crucial dans l’imaginaire de l’amour et dans les pratiques de l’amour.

Qui dit système patriarcal, dit amour patriarcal et donc amour injuste, inégal, inéquitable, discriminatoire, toxique.

Ce n’est certainement pas dans cette direction que l’humanité souhaite continuer à expérimenter l’amour car l’épanouissement dans l’amour tel qu’il est normativement défini est impossible pour qui que ce soit.

D’autres modalités de l’amour sont possibles.

La définition de l’amour par Leni Zumas

Homme et femme embrassant dans son lit

Toujours dans la même newsletter Les Glorieuses, l’écrivaine Leni Zumas écrit un très beau texte sur la question de l’amour. En voici une traduction libre de l’anglais vers le français.

L’amour est un continuum d’actions, par Leni Zumas

” Bien avant Facebook ou Instagram, une fois par an, on prenait la traditionnelle photo de Noël, histoire de se sentir toujours un peu plus mal vis-à-vis de nos propres vies.

Chaque mois de décembre, des photos d’autres familles arrivaient par la poste.

Des impressions brillantes d’enfants et d’animaux de compagnie sur leur trente-et-un.

” De la joie dans le monde ! De la part de la famille Smith. ” ” Nos singes, notre cirque. ”

” De la part de nos elfes, pour les vôtres. “

Quand j’étais jeune, je fixais ces photos des yeux alors qu’elles s’empilaient sur l’étagère de mes parents.

Les autres familles semblaient toujours plus heureuses que la mienne.

Cela me dérangeait, en quelque sorte, de ne pas être membre des autres familles; elles étaient des petites équipes pimpantes auxquelles je ne pouvais pas appartenir.

En tant qu’adulte, je suis toujours perturbée par les photos de vacances, bien qu’elles soient envoyées par des personnes que j’aime.

La parade des camarades, des proches et de leurs adorables progénitures et de leurs vies charmantes se déchaîne en permanence sur les réseaux sociaux.

En comparaison à la fausse-modestie qui est livrée directement à ma porte, je trouve les ondes d’autosatisfaction bien plus intrusives.

J’ai récemment partagé mon irritation avec une amie; elle a ri et dit : ” Oh, ne sois pas aussi rabat-joie.

Ces photos ne sont pas offensantes. “

Mais je ne pense du tout qu’elles soient offensantes.

Ce sont des publicités puissantes pour promouvoir l’unité nucléaire isolée, soutenant une définition normative de la ” famille ” qui a des conséquences de grande-portée voire destructrices.

En tant que slogan politique, trope sentimental et matière d’inspiration, la ” famille ” normalise une logique d’intérêt égocentré (ceux et celles que j’aime sont plus important.e.s que n’importe qui ou n’importe quoi d’autre) qui est virtuellement approuvée dans le discours politique américain.

On se sert de la ” famille ” pour tout justifier : de la loi anti-avortement à la rhétorique en faveur de la possession d’armes à feu.

Elle consacre les rôles sociaux traditionnels qui oppressent les femmes et les personnes queer.

Et elle donne aux gens une excuse pour ignorer les besoins du collectif – en se détournant de la communauté plus large pour restreindre leur amour aux seuls membres de leur unique ménage.

Portrait d'un couple heureux en riant à la caméra

La pandémie du COVID-19 a forcé des millions d’entre nous à rester à la maison, seul.e.s ou isolé.e.s avec la famille immédiate, pendant des mois.

Les énormes difficultés – et même les dangers – d’une telle isolation sont un rappel que la famille nucléaire ne nourrit pas tous nos besoins.

On constate que, privé.e.s de contact avec leurs ami.e.s, leurs collègue.s, leurs thérapeutes, leurs enseignant.e.s, leurs camarades de classe, leurs partenaires d’équipe, et leurs baristas du café du coin, les gens souffrent.

Au 1er siècle après J.-C., le biographe grec Plutarque a décrit une fête dinatoire lors de laquelle une hôtesse athénienne exhibait à tous.tes les invité.e.s la nouvelle tapisserie qu’elle avait elle-même tissée.

Une invitée venant de Sparte a inspecté la tapisserie, puis a convoqué ses quatre fils qui l’ont portée sur leurs épaules en faisant le tour des autres invité.e.s à la fête.

” Belle tapisserie ! “, a dit la Spartiate à l’Athénienne.

” Mais ceci est ce dont une femme devrait vraiment se vanter d’avoir fait elle-même ! “

Cette histoire antique semble incroyablement contemporaine car elle met en scène le jugement, la compétition et la performance genrée du mérite.

Pourquoi mesure-t-on la valeur des personne selon leur (re)productivité ?

Et pourquoi certaines productions ” comptent “-elles plus que d’autres ?

” Est-ce que je veux des enfants “, se demande Sheila Heti dans Motherhood (” Maternité “), ” parce que je veux être admirée comme une femme admirable qui a des enfants ? (…)

Est-ce que je veux un enfant pour me prouver à moi-même que je suis une femme (normale) qui veut et peut finir par avoir un enfant ? “

Un des symptôme du capitalisme patriarcal est le manque de réflexion.

L’amour, comme tout autre chose, devient une compétition avec des ressources limitées : tu ferais mieux de te trouver un partenaire avant que ce ne soit trop tard, avant que tu ne t’assèches, avant que ta chance ne s’envole.

Les narrations autour de la romance et de la famille, présentées comme étant les objectifs ultimes des femmes, participent à déguiser les manières dont nos corps ont été utilisés, pendant des siècles, comme des moyens de transfert des richesses et d’accroissement des richesses.

La dote est fournie par la mariée; la femme produit des héritier.e.s et des nouvelles sources de travail.

Les femmes sans dote, les femmes stériles, et les femmes qui choisissent de ne pas devenir des épouses ou des mères dévident le chemin de l’argent, menacent la stabilité des positions sociales bien ancrées.

La plupart des films, des romans, et des publicités – et même au 21ème siècle – continue de préférer la mise en scène du mariage et des enfants comme fin de l’histoire, comme triomphe narratif.

Les portraits de vacances de couples souriants et de leurs progénitures renforce ce scénario épuisé. Les témoins photographiques d’une vie réussi. Regardez ce que j’ai fait.

Derrière des cheveux parfaitement coiffés et des sweaters avec une image de renne se cache la logique du capitalisme patriarcal.

Voici la preuve qui compte le plus pour moi.

” Nous pouvons incarner une idée alternative de la famille “, écrit Sarah Ahmed dans Living a Feminist Life (” Vivre une vie féministe “), ” ou une alternative à l’idée de la famille.

(…) Nous avons besoin de se raconter les uns aux autres des histoires qui mettent en scène des styles de vie différents, des manières d’être différentes; qui ne reposent plus sur la proximité de sa propre vie avec la vie normée que chacun.e est censé vivre, mais sur les errances queer de la vie que chacun.e peut vivre. “

Dans la société féministe dans laquelle je veux vivre, l’amour est un continuum d’actions et non un fait accompli. L’amour c’est l’attention et l’énergie qui sont sans cesse cédées, et non un trophée à exhiber.

En décembre, en guise des autoportraits, envoyons des chansons, ou des extraits de nos livres favoris, ou bien des photos de protestations contre la suprématie blanche.

Racontons-nous des histoires sur les mille et une manières d’être. “

L’amour ce n’est pas fêter la Saint-Valentin

homme et femme s'embrassant

Après ce magnifique texte écrit par Leni Zumas, il n’y a pas grand chose à ajouter sur la question de l’amour.

L’amour ne devrait pas être ni une exhibition ni une liste de preuves à collectionner.

L’amour devrait être la réalisation personnelle de cette chance.

Je ne le répéterai jamais assez : l’amour ce n’est pas fêter la Saint-Valentin.

Les Preuves D'amour N'ont Rien À Voir Avec L'amour

Citation Famille : 50 Phrases Et Proverbes Très Originaux
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